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La chemise : le vêtement du changement. Anaïs Guéry

La lauréate Anaïs Guéry dévoile un nouveau projet créatif autour de la pièce iconique de tous les vestiaires, par delà les genres : la chemise. Diplômée de l’Institut Français de la Mode (IFM), des Arts Décoratifs de Paris, et du London College of Fashion, Anaïs Guéry a travaillé à New York aux côtés de designers émergents puis à Paris au sein des maisons Christian Dior, Balenciaga et Cacharel. En 2014, elle lance sa marque A.GUERY, conjuguant héritage couture et expérimentation artistique. En 2016, elle devient lauréate de la Maison Mode Méditerranée suite à son travail artisanal d’une grande originalité consacré à l’indigo.

Pour son nouveau projet, baptisé RÉ.TABLI, la créatrice revient sur l’évolution de la chemise et ses détails de confection. Sa collection de chemises croise les diverses révolutions qu’à connu le vêtement. Tantôt masculin, tantôt féminin, parfois uniforme militaire et parfois sous- vêtement, la chemise condense les aspérités de la mode. Ainsi, les chemises RÉ.TABLI, évidemment de couleur bleu indigo, dévoilent des poches, des cols montants, des placements de boutons typiques des coupes masculines, des rayures qui évoquent la chemise de travail contemporaine,…. En une seule pièce, elles deviennent un élément de style renouvelable à l’infini et témoin d’une histoire de mode non linéaire. En effet, la chemise a connu des mutations multiples et doit l’une de ses nombreuses évolutions aux corps armés. Comme Anaïs Guéry le rappelle elle-même par la voix d’Yves Saint Laurent : « Les poches sur les chemises de sport sont bien pratiques, mais elles restent prohibées sur les chemises de ville qui ont à être élégantes et non fonctionnelles. Les cow-boys originels ne les connaissaient pas, même si leurs réincarnations de l’écran y cachent leur dernière cartouche. C’est un héritage des tenues de brousse, bush-jackets des troupes coloniales britanniques, repris par l’armée américaine du Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale. Il y a, comme cela, beaucoup de détails vestimentaires masculins dont l’origine est militaire. » Ce récit par l’un des plus grands créateurs, paru en 1990 dans la préface du livre de Maguelonne Toussaint-Samat, Histoire technique et morale du vêtement (éd.Bordas), n’est pas sans rappeler l’exposition « Mission Mode » initiée par la Maison Mode Méditerranée en 2016.

ARCHIVES – L’ABÉCÉDAIRE DE LA MMM : MISSION MODE : JC DE CASTELBAJAC

Cette exposition, réalisée en collaboration avec le Musée de la Mode de Marseille, avait été co-produite par Christine Germain-Donnat, alors directrice du musée, et le Capitaine Géraud Seznec du Musée de la Légion Étrangère. Les deux institutions avaient mutualisé leurs savoirs et collections textiles afin de dévoiler une exposition originale d’envergure universelle proposant un regard croisé sur le vestiaire militaire, réinterprété par des créateurs tels Chanel, Yves Saint Laurent, Meknes et, Jean Charles de Castelbajac.

Il est désormais bien connu des historiens (et créateurs) que la mode grand public doit beaucoup aux uniformes et particulièrement à ceux de l’armée. En effet, aussi bien le corset que les collants du 15ème siècle sont apparus pour faciliter les mouvements des soldats avant de séduire les membres des noblesses de cour, et même les femmes, qui ont finalement adopté ces parures dans la durée. La raison de ce basculement d’un vestiaire masculin vers un vestiaire féminin est lié à la dimension technologique et donc toujours évolutive des uniformes professionnels, surtout lorsqu’ils sont militaires. Tandis que les modes et tendances ont vocation à s’installer dans le temps malgré des oublis temporaires, les uniformes d’armées ont vocation, comme la science dont les armées sont si proches, à évoluer en permanence. Ainsi, même la chemise, historiquement vêtement mixte de dessous qui symbolisait la propreté et la richesse, est progressivement devenue un vêtement de dessus, répandu bien au-delà des milieux aristocratiques.

De même, sa ré-interprétation par les adeptes de l’esthétique sportswear à partir des années 80 a permis de brouiller les codes de genre et de classe qui lui étaient associés. La chemise, qui était devenue un symbole du style workwear (et donc de l’uniforme de travail majoritairement masculin) depuis la fin du 19ème siècle, a soudain revêtu les traits d’un look décontracté, mais, toujours au moins métaphoriquement, travaillé. Les poches ont accentué son aspect pratique tandis que le port de la chemise ouverte, carrément apposée en sur- chemise, a permis de l’associer à davantage de vêtements et donc de l’intégrer durablement dans toutes les garde-robes.

De nos jours, la chemise est un incontournable de la mode au point d’avoir quitter les tendances pour rejoindre les fameux basiques. Par sa puissance « unisexe » depuis toujours mais fortement revendiquée dans les années 90, au même titre que le jean, la chemise est désormais un symbole de la mode genderfluid. Surtout, son histoire rappelle les liens entre mode et technologie, vêtements et uniformes, innovation et patrimoine.

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