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16/09/2022 Chantal Thomass, la construction d’un mythe

 

Précisons. C’est Chantal Thomass avec deux « s ». Origine inconnue de ce dédoublement de consonnes, mais qui tombe assez bien puisque cette particularité permet de ne pas confondre la grande styliste avec sa contemporaine homonymique : la grande philosophe Chantal Thomas. Chantal Thomass, la créatrice, se prononce donc « Tomace ». Et ainsi sont posées les bases d’une marque de lingerie au succès encore hautement désirable tant il fut inégalé dans l’hexagone.

 

Grande consommatrice des détournements que permet la langue française, la créatrice lance une première marque de prêt-à-porter en 1967 sous le nom de « Ter et Bantine ». Un jeu de mots, en référence à la résine de térébenthine, qui n’effrayaient en rien les clientes de la mode des années Palace, au point que Brigitte Bardot et d’autres célébrités de l’époque ont rapidement été les fidèles ambassadrices des robes en lurex et autres matériaux improbables de la jeune marque. Par cette première entreprise de mode, le message est limpide et le restera tout au long de la carrière de la créatrice : c’est par l’innovation, l’extravagance, et le décalage constant qu’on bouscule la mode à tout jamais. Et la constance, autant que l’originalité teintée d’une pointe d’extravagance, sont des valeurs que Chantal Tomass applique en premier lieu à elle-même. Car de nos jours encore, elle est aussi connu pour ses collections de vêtements « sens dessus-dessous », ses jarretelles démesurées, sa dentelle de calais teintée en noir,…que pour sa propre silhouette ! L’empire textile et légèrement disruptif que la créatrice a tissé a d’ailleurs fait l’objet d’une exposition au Musée de la Mode de Marseille en 2001 : « Plaisirs de femmes ».

 

L’exposition, impulsée par la Maison Mode Méditerranée, retraçait un parcours rebondissant, qui ne pouvait faire l’impasse sur le style même de la créatrice. Cette dernière, tout au long de sa carrière et dans de nombreuses collections, s’inspire de sa coiffure inchangée pour réaliser le hair styling de ses mannequins. Identifiable comme aucun autre de ses collègues créateurs, la styliste se reconnaît entre mille : ses cheveux d’un noir corbeau sont coiffés d’un carré droit et d’une frange épaisse qui ne la quittent jamais. Quant à ses vêtements, cette femme qui a contribué à rendre la lingerie féministe, car créée pour les femmes elles-mêmes, ne sort jamais autrement que de noir et blanc vêtue. Sa tenue fétiche ? Un costume. Comme un pied de nez supplémentaire aux hommes réactionnaires, Chantal Thomass les a éjecté de l’univers de la lingerie et adoptent leur garde-robe tant qu’il s’agit des vêtements dédiés à l’espace public, l’espace du « dessus ».

 

Alors même qu’elle invente à travers ses créations de lingerie une féminité exacerbée et décomplexée, la créatrice prône dans le même temps un vestiaire avant-gardiste pour l’époque, que l’on qualifie désormais de « genderfluid ». Masculin dessus, féminin dessous, autant de couches vestimentaires interchangeables qui, dès les années 80, ont permis de penser la fluidité de genre et le relativisme des normes sociales de genre dans la mode.

Ainsi l’affiche de son spectacle au Crazy Horse en 2017, « Chantal Thomass met le Crazy Horse dessus dessous », révèle une Chantal Thomass en uniforme, posant auprès de danseuses qui reproduisent son look, les habits en moins.

 

Chantal Thomass, en plus d’amorcer la grande époque des Directeurs Artistiques stars, connus bien au-delà des frontières de la mode, s’inscrit au Panthéon des créateurs à la silhouette immortelle. Qu’il s’agisse d’elle ou de Karl Lagerfeld, tous deux ont su, par leur propre corps vêtu, répandre un discours et une affirmation de soi qui traversaient aussi leurs créations. Par son intérêt grandissant puis dévorant pour la lingerie au fil de sa carrière, Chantal Thomass a ouvert un dialogue toujours vif sur l’architecture de mode et le layering, ce fameux art des stylistes qui consistes à accumuler les couches de vêtements, ou encore à les détourner.

 

L’exposition « Plaisirs de femmes » et l’ouvrage qui l’accompagne furent les premiers témoins culturels retraçant son parcours créatif. Pendant près de quarante ans, Chantal Thomass a déconstruit le mythe de la femme sexy et disponible au regard des hommes tout en créant un mythe parallèle et, finalement, encore plus intime, autour de sa propre silhouette. À la suite de l’exposition, la créatrice a fait don de 60 pièces signées Chantal Thomass au Musée de la Mode de Marseille.

ARCHIVES – L’ABCÉDAIRE DE LA MMM : CHANTAL THOMASS