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Marine Serre : une re-construction de la philosophie de la mode

 

Son nom ne se dit pas, mais son processus s’applique à toute la philosophie de la marque. C’est ainsi que l’on pourrait définir la prise en compte de l’upcycling au sein de la marque française Marine Serre. Passée par le Lycée professionnel de La Calade à Marseille puis par La Cambre (Bruxelles), la styliste lance sa marque éponyme en 2014 et obtient le Prix LVMH des jeunes créateurs en 2017. Son esthétique cyborg, qui mêle prise en compte de nos environnements fragiles et adaptations aux évolutions technologiques, la conduit à développer des gammes « Futurewear » ancrées dans leur époque, comme en témoignait récemment sa collaboration sous forme de mèmes diffusés sur le compte officiel de la marque, tournant en dérision certains visuels de campagne publicitaire. Le ton Marine Serre est donné : il faut rire aux larmes de ce qu’il nous arrive.

 

Marine Serre – Printemps Eté 2020

 

Issue d’une génération de jeunes designers engagés dans une approche collective de la création d’images de mode, Marine Serre s’entoure de nombreux talents (Marc Hibbert, Will Churchill, Giulia Roman, Sasha Barbin, Ryan Doubiago,…) pour dévoiler ses collections en vidéos, devenant de véritables récits narratifs qui offrent une vision poétique et néo-mondaine, plutôt que post- apocalyptique, de la mode.

 

Originaire de Corrèze, la styliste n’hésite pas à délocaliser les temps forts du secteur dans des lieux semi-ruraux et en friche, qui forcent à une prise en compte visuelle immédiate de la diversité de nos espaces de vie. Dans une démarche d’incorporation de l’héritage familial et social, proche de celle entreprise par le sociologue Didier Eribon dans son ouvrage Retour à Reims, Marine Serre rendra un hommage discret à son père, contrôleur SNCF, en faisant défiler sa collection Printemps/Été 2020 sur les rails d’un chemin de fer, loin des lieux de Fashion Week à la réputation historiquement glamour.

 

Printemps Eté 2021 – Marine Serre

 

Non pas futurologue mais créative impliquée dans son époque, Marine Serre développe un imaginaire qui ré-invente la fatalité. Sa collection Printemps/Été 2021, « Amor Fati », nous propose d’ailleurs de jouer avec des cartes de tarot, comme une preuve supplémentaire des inspirations méditerranéennes de la marque, dont les cultures mystiques s’imprègnent du célèbre tarot de Marseille depuis le 16ème siècle. Cette démarche osée, consistant à appréhender la mode autrement, à la fois plus sérieusement tout en invoquant la possibilité de redéfinir les règles du jeu, place la créatrice en leader d’une communication hautement esthétique de la mode responsable.

 

L’upcycling, terme anglais qui peut être traduit par « sur-cyclage », est apparu dans les années 1990 sous la plume de l’ingénieur britannique Reiner Pilz. Reconverti en architecte d’intérieur, Pilz a disséqué un célèbre adage que l’on doit au chimiste du 18ème siècle Antoine Lavoisier selon lequel « rien ne se perd, ni ne se crée, tout se transforme ». Plutôt que de prolonger cette doctrine chère au recyclage, les années 1990 ont vu naître la récupération de matériaux existants mêlée à la non-transformation. Exit les processus chimiques ; la technologie de mode replace en son centre gravitationnel un savoir-faire créatif et manuel qui implique une compétence de la projection sans modification. C’est ce que montre parfaitement les vidéos « Regenerated » de la collection Automne/Hiver 2020 de Marine Serre. A partir d’anciens tapis, les équipes de confection sont filmées en train de découper, découdre, puis couper et recoudre ces mêmes tissus pour les transformer en vêtements. Le processus, en rien chimique, permet de créer à partir de l’existant jusqu’à la conservation des motifs d’origine. Ironiquement, les collections de Marine Serre sont souvent perçues comme futuristes, quand bien même les tissus et motifs proviennent directement des restes de l’histoire matérielle de notre monde.

 

Printemps Eté 2022 – Marine Serre

 

 

Faire de l’upcycling de mode, c’est donc bien faire-avec ce qu’il y a déjà. Faire-avec une histoire de mode lourde d’un passé et présent de la surconsommation et détourner l’effet dévastateur en une création salutaire. Faire-avec un déjà là supposément encombrant pour devenir force de proposition innovante et anéantir tous les discours officiels relatifs au concept de « déchet ». Ainsi, pour la première fois, 90% des vêtements de la collection Ostal 24 sont issus de récupérables.

Mais l’upcycling est aussi un processus du non-choix impliquant de sélectionner non pas à partir de projections stylistiques mentales nouvelles mais à partir des matières et motifs déjà disponibles. Cette méthode créative imposée par la technique se retourne à l’avantage de l’industrie de la mode qui peut alors préserver sa contribution philosophique de distinction en société, en proposant à la vente des modèles quasiment uniques, ou du moins, disponibles en série limitée.

 

En esthétisant un ailleurs volontairement non identifiable, bien que toujours connecté à la nature, Marine Serre ouvre le champ des possibles d’une création de mode qui se régénère par la considération auto-réflexive de son environnement natureculturel. Les collections, parfois psychédéliques et souvent empreintes d’une fantasmagorie éco-positive, mettent en scène des corps multiples et variés en même temps qu’elles prouvent la possibilité d’un nombre infini de vies précieuses pour les objets textiles de notre quotidien.

 

 

Saveria Mendella, doctorante en études de mode et titulaire de la bourse recherche 2021 du Fonds de dotation Maison Mode Méditerranée