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Imane Ayissi : de l’Afrique à la Méditerranée en passant par Paris

Imane Ayissi est le premier créateur originaire d’Afrique Subsaharienne à intégrer le calendrier parisien officiel de la Haute Couture, rejoignant entre autres le couturier tunisien Azzedine Alaïa au sein de ce calendrier de prestige dont l’accès réglementé doit répondre à de nombreux critères de confection. Comme le rappelle Olivier Saillard, historien de la mode et administrateur du Fonds de Dotation MMM, ce sont « les femmes de corps et d’esprit » qui inspiraient Alaïa. Un axe créatif et phénoménologique que la nouvelle génération de créateurs dont fait partie Imane Ayissi, prolonge dans des collections qui pensent autant qu’elles habillent.

 

Se positionnant en ambassadeur des artisanats de mode historiques et contemporains, le couturier dévoilait dans cette collection des dentelles de Calais mélangées aux teintures adire du Nigeria. Des croisements de savoir-faire qui ne sont pas sans rappeler les connexions et déplacements d’objets entre les diverses cultures des pays d’Afrique et de la Méditerranée.

 

Tel qu’il le confie lui-même, Ayissi s’inspire de l’espagnol Cristobal Balenciaga pour ses créations. Ancien danseur du Ballet National du Cameroun, le jeune prodige ne pouvait compter sur une meilleure référence esthétique pour étudier le lien entre corps et vêtements, et plus précisément entre mouvements et volumes. Cristobal Balenciaga, en son temps, privilégiait les déplacements dans l’espace des corps et refusait les modes contraignantes qui modifiaient l’anatomie à l’instar du célèbre tailleur bar. Les premières carrières de Imane Ayissi en tant que danseur puis mannequin se transforment à posteriori en des expériences de terrain, vécues par le corps, qu’il présente comme libre et fier dans chacune de ses collections. Cette adaptation des modes aux corps s’inscrit en héritage de nombreux couturiers méditerranéens, à l’instar des corps sculptés de Azzedine Alaïa ou encore ceux de Cristobal Balenciaga, exposés jusqu’en Mai 2022 au Musée Cristobal Balenciaga de Getaria qui revient sur « Les legs d’un génie ».

 

 

Imane Ayissi – Défilé Haute Couture P/E 2022

 

 

L’autre inspiration du créateur, le patrimoine textile africain, lui permet d’insérer durablement sa culture camerounaise dans le domaine de la mode. Mêlant culture orale et culture matérielle, Imane Ayissi a apposé des termes de la langue Ewondo du Cameroun, tel « foufoulou » qui signifie « mélangé », pour faire passer des messages à mêmes ses créations.

Ce mélange quotidien entre traditions et phénomènes contemporains de mode a également incité le créateur sénégalais Romzy (boursier 2021 du Fonds de Dotation Maison Mode Méditerranée) à retravailler le boubou traditionnel sénégalais à travers un modèle baptisé « Bubuzy ». Le mélange, en effet, moteur créatif et inspirationnel du couturier Imane Ayissi et d’autres acteurs des scènes de modes africaines, passe par une mixité culturelle ainsi qu’un brassage des trajectoires d’objets impliquant une prise en compte de nos environnements et géographies.

 

En créateur des temps modernes issu d’une nouvelle génération engagée, il milite à sa manière pour une mode éco-responsable. A titre d’exemple, le look d’ouverture de la collection dévoilait une robe blanche sur laquelle on peut lire le slogan anglais No Fashion on a dead planet (« pas de mode sur une planète morte »). C’est donc une vision d’ensemble, autre terme en Ewondo valorisé sur les créations, que propose le couturier. De l’éthique écologique au multiculturalisme, Imane Ayissi pense une mode haute couture contemporaine dans toutes ses implications avec nos modes de vie, nos usages, et nos histoires culturelles qui renferment des savoir-faire élevés au rang d’arts modernes confectionnés à partir du premier outil technologique : la main.

 

Et ce travail artisanal est désormais mis à l’honneur – non plus seulement par les grandes maisons telle Chanel via l’ouverture du 19M – mais aussi par les jeunes talents africains qui revendiquent leurs connaissances textiles et des modes multiples à la hauteur des diverses cultures présentes sur le continent. En ce sens, le webinaire « L’Afrique, nouvelle inspiration de la mode » qui se tenait en 2021 marquait une intention claire : se ré-approprier la maîtrise des connaissances africaines en création de mode. Imane Ayissi, ou encore Youssouf Fofana (fondateur de Maison Château Rouge), ont mis l’accent durant le webinaire sur la fascination contemporaine pour le lifestyle et la conception d’un bespoke accessible dans certains pays d’Afrique. À titre d’exemple, notre boursier de la marque Romzy relate travailler chacune de ses pièces en sur- mesure selon les demandes des clients et clientes. Au Sénégal, il n’est pas rare de commander à un créateur une pièce unique ou ré-ajustée à sa morphologie pour de grandes occasions.

 

 

De plus, les jeunes générations africaines se tournent désormais vers les créateurs issus de leurs pays et font rayonner leurs visions de la mode, entre coupes contemporaines et insertions traditionnelles. Tandis que les pays africains sont envisagés en Occident comme le prochain marché juteux pour les grands noms du luxe, les clientèles africaines déjouent les pronostiques en consommant « local » et les jeunes créateurs africains, désireux de faire valoir leurs cultures et zones géographiques, intéressent davantage les clients des pays d’Afrique que leurs homologues occidentaux. Phénomène à double entrée sur lequel insiste le socio-sémiologue Jean-Marc Chauve sur IFA Magazine par un décryptage du modèle de la Fashion Week de Lagos.

En rappelant que certains concept stores de la capitale économique du Nigeria distribue les noms historiques (Oscar de la Renta, Simone Rocha,…) l’ancien expert de chez Nelly Rodi ne manque pas de préciser que ce sont désormais des marques africaines qui défilent et attirent la presse de mode internationale. Bien que le marché occidental reste encore peu habitué à la forte présence de marques af ricaines, les clientèles des pays d’Af rique n’attendent aucune validation externe pour contribuer à l’apparition durable d’une relève créative locale. Un mouvement d’auto prise en charge de sa culture contemporaine qui dépasse le champ de la mode pour rejoindre celui de l’art contemporain et de la pop-culture comme en témoigne la dernière collaboration de Romzy avec le groupe de construction Eiffage qui a collaboré à la réalisation d’un bustier à partir de tickets de péage d’autoroute.

 

 

Imane Ayissi – Défilé Haute Couture P/E 2022

 

 

L’artisanat de mode élevé au rang d’art portable incite de nombreux créateurs à demeurer au plus près des savoir-faire qu’ils font rayonner, à tel point que le designer Kenneth Ize, qui défile à la Fashion Week de Paris, a installé son atelier à Lagos tout comme Amaka Osakwe, la fondatrice de la marque Maki Oh. Les modes africaines usent des codes traditionnels de la conception occidentale de la mode pour mieux faire rayonner leurs marques et cultures. En passe de devenir le parfait exemple d’une approche à la fois locale et transnationale, la nouvelle vague de créateurs issus du continent africain revendique une multiplication des codes de la mode et force le système à diversifier ses visions de l’image de marque.

 

Durant la Semaine de la Haute Couture Parisienne en Janvier 2022, le couturier camerounais Imane Ayissi a reçu la médaille de Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres de la main de Pascal Morand, Président de la Fédération Française de la Haute Couture et de la Mode.

 

 

Saveria Mendella, doctorante en études de mode et titulaire de la bourse recherche 2021 du Fonds de dotation Maison Mode Méditerranée