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Interview : Inès Matsika, fondatrice de The Fashion Stories

Le Fonds de Dotation Maison Mode Méditerranée : Inès, quel est votre parcours et le positionnement de votre média The Fashion Stories ?

Inès Matsika : J’ai travaillé en tant que journaliste mode pendant près de quinze ans pour différents supports, print et web: grazia.fr, plurielles.fr, Culte (s), Femme Actuelle… Il y a 8 ans, la lecture d’un article dans le journal “Le Monde” a entraîné chez moi un déclic. Il décryptait en quoi les archives de mode étaient devenues un enjeu majeur pour les grandes maisons de luxe. Un outil essentiel pour raconter leur histoire et affirmer leur identité. Cette question m’a passionnée. J’avais à l’époque envie de changer ma manière d’aborder la mode. J’ai donc décidé de me former auprès de l’INA sur la valorisation du patrimoine des entreprises. A la suite de cela, j’ai commencé à travailler en tant que rédactrice pour des maisons de mode et des institutions afin d’éditorialiser leur histoire et leur savoir-faire.

L’idée du media en ligne www.thefashionstories.com m’est venue durant ma formation. Il est né d’une volonté de raconter la mode. Il donne la parole aux créateurs qu’ils soient émergents, confirmés ou cultes. À travers des interviews accompagnées d’un reportage photos, ils expliquent l’histoire particulière qu’ils ont tissée avec la mode. La plateforme valorise aussi la culture de mode. On y présente des chroniques de livres, d’expositions et de documentaires pour comprendre la mode d’hier et d’aujourd’hui. Le site se veut être un support de veille sur les créatifs à suivre et les actualités culturelles autour de la mode, pour toute personne travaillant dans cette industrie, ou ayant l’ambition de le faire.

 

Le Fonds de Dotation Maison Mode Méditerranée : Dans votre podcast  « Dans le rétro de la mode » vous dites « fouiller dans les racines de ceux qui font la mode ». Pourquoi cette question d’héritage mode est-elle si importante ?

Inès Matsika : Quand on parle de mode, on pense souvent aux objets. Or, ils sont le fruit de l’imagination de femmes et d’hommes. Avec ce podcast, j’avais envie que ces personnes – qui font la mode – expliquent comment elles sont devenues créatives et la manière dont elles nourrissent leur travail. En balayant avec elles l’environnement familial et social dont elles sont issues, ainsi que leur parcours, on comprend davantage tout ce qui a façonné le style de leurs marques. Leur histoire personnelle donne un éclairage sur les créateurs qu’ils sont aujourd’hui. Ce sont des conversations qui mêlent l’intime et la vie professionnelle.

 

Le Fonds de Dotation Maison Mode Méditerranée : La singularité du Fonds de Dotation MMM est de  soutenir et accompagner des créateurs du bassin Méditerranéen et d’Afrique, comme le créateur Romzy, basé au Sénégal. Dans le podcast Nouveau Modèle de Chloé Cohen, vous exprimez votre volonté de mettre en lumière les créateurs Africains qui proposent une nouvelle narration des modes Africaines. Vous avez interviewé de nombreux créateurs et créatrices Africains – Abiola Olusola (Nigeria), Aristide Loua (Côte d’Ivoire), Imane Ayissi (Cameroun). Pouvez-vous nous parler de cette démarche ?

Inès Matsika : Le continent africain regorge de talents et j’ai à cœur, à travers la curation de marques effectuée pour le site, de les mettre en valeur. Mon angle d’attaque est la déconstruction des stéréotypes. La créativité africaine est encore trop souvent enfermée dans une image folklorique. J’essaie donc de mettre en avant les labels qui font se rencontrer dans leurs créations leur héritage africain (notamment en valorisant les savoir-faire traditionnels) et la contemporanéité à laquelle ils appartiennent. Souvent, ces créateurs proposent une narration visuelle puissante et moderne. Ils racontent en images un continent en mouvement, débordant d’énergie, qui a beaucoup de choses à partager avec le monde.

 

 

 

 

Le Fonds de Dotation Maison Mode Méditerranée : Quelle est votre perception de la mode et de la création en Afrique ? Quels sont ceux qui feront la mode de demain, selon vous ? 

Inès Matsika : La création africaine est multiple, inventive et elle a besoin d’être soutenue par davantage de structures sur le continent et d’initiatives comme celles portées par le Fonds de Dotation Maison Mode Méditerranée pour prendre l’essor qu’elle mérite. J’attends des politiques locales qu’elles s’engagent à plus former les jeunes, à soutenir le tissu industriel encore trop fragile et à protéger/valoriser les patrimoines textiles.

Cette création africaine est à un tournant car la perception que l’on a d’elle commence à changer. L’industrie de la mode européenne a de plus en plus les yeux rivés sur les talents qui émergent du continent ainsi que sur les nombreux savoir-faire (autres que le wax) qui y son rattachés. La présence en constante augmentation des créateurs africains lors des différentes Fashion Week organisées en Occident est un bon signal. Il faudrait maintenant que ce phénomène se concrétise dans les points de vente pour que ces talents rencontrent leur public.

Enfin, la perception bouge également auprès des classes moyennes/supérieures africaines qui trouvent aussi valorisant de porter les pièces d’un designer pointu issu du continent que celles d’une marque de luxe européenne. Cela n’a pas toujours été le cas et doit encore se développer. Il est indispensable que les populations disposant d’un pouvoir d’achat soutiennent les créatifs locaux.

Concernant les futures étoiles, il est difficile de répondre tellement je suis bluffée par le dynamisme et la profusion des labels venant par exemple du Ghana, du Nigéria, de Côte d’Ivoire, d’Afrique du Sud, du Rwanda… Je suis particulièrement le travail de Beni Original, d’Hamaji, de Libaya, d’Olooh Concept, de Tongoro, d’Orange Culture et d’ I.Am Isigo. Et j’ai un coup de cœur total pour l’approche consciente et militante de The Slum Studio.

 

 

Le Fonds de Dotation Maison Mode Méditerranée : Que pensez-vous de la diversité des représentations ethniques dans la mode contemporaine française ?

Inès Matsika : Elle s’améliore et il faut le souligner. Il y a davantage d’efforts fournis par les marques, les agences de publicité et les médias pour représenter une France plurielle, tel que nous la vivons au quotidien. Mais il reste encore d’énormes efforts à fournir pour changer complètement les mentalités, pour que cette tendance ne s’essouffle pas et s’inscrive dans la durée.

Pour cela, il faut aborder la question en profondeur. Il faudrait nommer plus de personnes issues de la diversité à des postes à responsabilité et les faire entrer dans les lieux de pouvoir de la mode. Les médias, les institutions culturelles, les maisons de mode, les agences de communication doivent s’ouvrir et repérer les nombreux talents.

Il règne malheureusement dans ces milieux une culture de l’entre-soi qui ralentit le mouvement. Mais il est réel. Et il n’est plus question, ni possible, de revenir en arrière.  Pour moi, l’inclusion – aux côtés de l’environnement – fait partie des grands chantiers de l’industrie de la mode pour qu’elle réussisse sa mutation.

 

 

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