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Interview : Lionel Briot, photographe Marseillais

Lionel Briot © Julia Valenza

 

Après avoir voyagé autour du monde, Lionel Briot, photographe Marseillais, s’installe à Paris en 1987 où il travaille avec le photographe Jean Larivière (Louis Vuitton, Montana, Virgin…). Il retourne à Marseille en 1992, monte son propre studio au Vieux Port, juste à côte de l’Espace Mode Méditerranée sur la Canebière fondée par Maryline Bellieud Vigouroux, c’est là qu’il fera sa connaissance. Séduite par l’esthétique de son travail, elle lui donne une carte blanche pour plusieurs séries mode publiées dans le magazine de l’Espace Mode Méditerranée.

 

Fin 2021, le MUCEM a inauguré l’exposition « VIH/sida : L’épidémie n’est pas finie ! » qui retrace l’histoire sociale et politique du sida. Lionel Briot y présente plusieurs de ses œuvres : pour nous, il revient sur son travail de photographe, sa collaboration avec la Maison Mode Méditerranée et sur l’exposition du MUCEM.

 

Sur les quais – EMM, Septembre 2002

 

Le Fonds de Dotation Maison Mode Méditerranée : Quelle a été l’évolution de votre carrière de photographe ?

Lionel Briot : J’aime explorer les territoires, observer la présence particulière des sujets que je photographie. Ainsi lieux, êtres ou choses deviennent documents et parfois fragments de vie. Mon travail est tout d’abord construit comme une découverte des espaces puis vient la rencontre avec les habitants. S’immerger dans la vie locale, le rythme et les coutumes. Partager sur un temps long le quotidien de femmes et d’hommes au travers de portraits photographiques. J’ai à cœur de faire ressortir des traces éphémères tout autant que d’autres indélébiles. C’est aussi pour moi l’occasion de plonger au cœur de la mémoire affective de ma ville. Il s’agit de m’intéresser à la population qui l’habite dans son sens le plus large et qui lui donne sa densité. Mes prises de vues sont toujours réalisées en argentique et pour l’essentiel au moyen format. En 2021, un lien particulier avec le Château d’If.

 

Incisions, rayures, empreintes, griffures – Traces éphémères entre passé et futur – Avec l’éternité comme mesure.

Face au mur, attendre la lumière qui crée les ombres – Etre obsédé par la matière – Accepter de ne pas maîtriser les formes – Qui prennent vie et hantent la surface.

 

 

Les graffitis du Château d’If – Lionel Briot

 

 

En 2022, je souhaiterai poursuivre ce travail anthropologique sur les expressions graphiques en milieu carcéral. Il ne s’agit pas simplement de montrer des graffitis de prison ou de m’approprier des actes graphiques mais d’exprimer les ressentis qui les accompagnent ce qui exige un autre abord à savoir une volonté d’observation et d’effort de compréhension. Pour cela, j’ai pu accéder à la prison de Brignoles où j’ai photographié des fragments de murs. Je travaille actuellement dans les cellules de la tour du Fanal du Fort Saint-Jean.

J’ai parfois de nombreux doutes sur l’utilité de mon travail et bien conscient de la difficulté à poursuivre un projet sans être certain que ce travail sera suivi d’une édition ou autre possibilité de diffusion. D’autre part, même si je cherche toujours à déployer mon travail photographique dans de nouveaux espaces, je fais face à la complexité de gestion des bâtiments (la plupart sont fermés au public). J’imagine que ce pourrait être un complément fantastique pour cette série entamée au château d’If et aussi une chance de pouvoir valoriser des sites méconnus sous une thématique large de patrimonialisation des graffitis, dans la continuité du travail de Brassai.

 

Burma just before Dawn – Lionel Briot

 

 

Le Fonds de Dotation Maison Mode Méditerranée : Dans les années 90, vous faites la connaissance de Maryline Bellieud Vigouroux et collaborez avec la Maison Mode Méditerranée. Parlez-nous de cette expérience.

Lionel Briot : Lorsque je suis retourné vivre à Marseille, j’avais envie de m’orienter vers la photographie de mode, qui peut être un merveilleux moyen d’expression de soi. J’ai découvert cet univers à travers la MMM – qui s’appelait alors l’Espace Mode Méditerranée et était situé sur la Canebière, proche de mon studio. J’ai tout de suite perçu la passion de Maryline Bellieud Vigouroux pour la photographie – j’ai été touché par son oeil et la perception qu’elle a eu de mon travail.

C’est rare de rencontrer ce genre de personne qui décide de vous faire confiance, vous accompagner, soutenir votre vision et votre créativité. Maryline a un don pour déceler les jeunes talents et les faire travailler ensemble – créateurs de mode, photographes, stylistes, maquilleurs… Elle a réussi à créer une véritable famille marseillaise autour de son projet. Encore aujourd’hui, nous gardons un lien d’amitié et je la remercie pour son soutien qui m’a permis de rester fidèle à ma photo.

 

Sur les quais – EMM – Septembre 2002

 

Le Fonds de Dotation Maison Mode Méditerranée : Diversité, singularité, effervescence créative – notamment dans la mode au travers de votre collaboration avec la Maison Mode Méditerranée – comment votre œil restitue-t-il ces atouts ?

Lionel Briot : D’un point de vue photographique, je désire mettre en valeur autant les lieux que le mannequin, de sorte que le tout s’intègre harmonieusement. Comme s’il était tout à fait naturel que le modèle se trouve à cet endroit là, à cet instant-là et que rien ne vienne perturber le regard. Les chocs visuels s’expriment autant via des formes graphiques ou stylistiques que via les expressions du mannequin. Là réside alors la sensibilité visuelle, en contraste avec l’aspect « aseptisé » voire « impersonnel » des lieux. Ma recherche peut aussi s’orienter sur des aspects à la fois minéraux ou végétaux du décor et la texture du tissu afin d’élaborer une véritable construction architecturale photographique. En tirant parti de la luminosité exceptionnelle et de la balance des contrastes, cela met d’autant plus en valeur les vêtements. Ainsi, je fais autant de plans en plein pied que de plans plus rapprochés (type américains) et/ou de gros plans afin de valoriser les expressions.

 

Au coeur des archives – EMM – Septembre 2002

 

Plus qu’une photo de mode, elle pourrait presque être considérée comme une photo de magazine d’architecture ou de design. Pour les plans rapprochés, plus axés sur les expressions, j’opte plutôt pour du noir et blanc et je conserve la couleur pour les plans plus larges. Ainsi, je tente d’instaurer une dualité permanente entre l’ombre et la lumière associée au flou du mouvement. L’idée directrice est de figer un instant immatériel : s’essayer de manière mélancolique à rendre compte de la solitude de l’être humain, condition sine qua non !

Au delà du vêtement, l’idée est aussi de faire partager une certaine vision de Marseille. Une image hors du temps, ayant l’air d’avoir vécu, à la fois statique et dynamique : authentique, spontanée, une sorte de composition graphique mêlée à la texture du grain… Quelque chose qui ne soit ni policé ni commercial comme cela est souvent le cas dans les photos de mode mais plutôt une forme de délicate brutalité voire de chaos… J’aime beaucoup Paolo Roversi, un style de photographie qui se rapproche de mes aspirations. 
On peut retrouver un peu cette tonalité dans mes séries: « Instants d’années », « Burma« , « Juste une seconde » ou bien « If ».

 

 » La photographie, telle que je la conçois, est une sorte de témoignage d’un instant qui passe, une retranscription du réel tel qu’il est et non l’évocation d’une pseudo et vague réalité photoshopée.  »

 

 

 

Photographie exposée au MUCEM dans le cadre de l’exposition« VIH/SIDA, l’épidémie n’est pas finie » – Lionel Briot

 

Le Fonds de Dotation Maison Mode Méditerranée : Le MUCEM présente actuellement l’exposition « VIH, l’épidémie n’est pas finie » qui retrace l’histoire sociale et politique du sida. Vous y présentez plusieurs de vos photographies. Quel message, quel regard proposez-vous aux visiteurs du Mucem ? En effet, l’épidémie n’est pas finie : notre région sud est la troisième région métropolitaine la plus touchée par l’épidémie de VIH…

Lionel Briot : J’ai eu 20 ans dans les années 80. Même si on peut aujourd’hui ne pas en mourir, le sida a fait 30 millions de morts depuis le début de l’épidémie en 1981 et cette maladie aura marqué à jamais ma génération – nombre d’entre nous plus particulièrement. Les quelques photographies que j’ai le privilège de présenter au MUCEM à l’occasion de l’exposition sont un infime témoignage de cette période et donnent un aperçu de la lutte contre le sida à Marseille à travers l’association le Tipi et sa fondatrice Tati Ninja.

 

Maryline Bellieud Vigouroux et Christian Lacroix lors du Gala du Sidaction, Paris.

 

Pendant 17 ans, Maryline Bellieud-Vigouroux a été la marraine d’AIDES PACA au nom de la Maison Mode Méditerranée. Deux fois par an était organisée une grande braderie dont la totalité des bénéfices étaient reversés à l’association. « Les deux braderies nous rapportent environ 60 000€ par an. (…) L’argent sert à financer des actions qui ne sont pas financées par des pouvoirs publics » déclarait en 2018, Stéphane Montigny, président d’Aides PACA.

 

 

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Retrouvez l’exposition « VIH / Sida : L’épidémie n’est pas finie » au MUCEM, Marseille jusqu’au 02 mai 2022