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INTERVIEW : Louis Barthélémy PAR SAVERIA MENDELLA ET KHÉMAÏS BEN LAKHDAR

Pour la clôture des entretiens d’été avec nos amis artistes, nous dévoilons aujourd’hui un entretien fleuve avec l’artiste Louis Barthélemy, conseiller image et création pour les lauréats du Fonds de Dotation Maison Mode Méditerranée.

Le Fonds de Dotation MMM vous livre trois regards par trois artistes marocains et français : Amina Agueznay, Hicham Lalhou , et Louis Barthélemy.

Nous souhaitions échanger sur leur vision contemporaine, située mais internationale, de la création et du design. Ces conversations ont été réalisées par Khémaïs Ben Lakhdar, doctorant en histoire de l’art et de la mode et titulaire de la Bourse Recherche du Fonds de dotation MMM, et Saveria Mendella, doctorante en anthropo-linguistique de la mode et en contrat CIFRE avec le Fonds de dotation MMM.

 

 

Ce troisième et dernier volet des conversations croisées est donc consacré à Louis Barthélemy, artiste et dessinateur français basé entre Le Caire et Marrakech. Après des études de création à la célèbre Central Saint Martins School of London, le créateur a travaillé chez Dior puis a réalisé un long voyage d’inspirations avant de poser ses valises en Egypte, où il a rencontré des artisans-tisserands avec qui il collabore aujourd’hui. Son travail s’intéresse à diverses formes d’art mais les explore en profondeur. De l’idée à la réalisation, du dessin au toucher, Louis Barthélemy développe des œuvres qui racontent une histoire, la sienne – méticuleusement accompagnée de connaissances historiques précises – en évolution et surtout, en mouvement. Actuellement attiré par le travail des textiles, l’artiste produit des œuvres accessibles, par le toucher, et imposantes, aussi bien pour leur thématique que pour leurs dimensions variées.

 

 

Sa nouvelle série d’œuvres, intitulée Les lutteurs, sera présentée au musée IFAN de Dakar à la fin de l’année 2021. L’artiste travaille également à la réalisation d’une œuvre pour la maison Louboutin. En Septembre, Louis Barthélemy a également dévoilé à Paris sa première collection de foulards, dont les imprimés représentent certaines de ses créations. Pour le créateur, cette nouvelle forme d’expression n’est pas qu’une connexion avec la mode mais permet aussi de donner un accès plus direct, intime, à ses œuvres via cet objet du quotidien, à la fois joueur, et aux usages multiples. Les foulards sont disponibles en exclusivité et en petite série sur son site.

Ambitionnant de contribuer à la prise de connaissance de diverses cultures et manières de produire de l’art, Louis Barthélemy voyage dans le temps avec ses collaborateurs-artisans et fait voyager ses publics entre Maghreb et Moyen-Orient afin de mettre en avant la contemporanéité des arts ancestraux. 

 

 

Saveria Mendella et Khémaïs Ben Lakhdar ont eu le plaisir de revenir avec Louis Barthélemy sur ses inspirations, son parcours, et son statut d’artiste de terrain, à la croisée des mondes de la mode, de l’artisanat, et de l’art qui forment son propre univers.

 

« Les lutteurs » © Louis Barthélemy

 


 

Khémaïs : Pour commencer, nous voulions aborder avec vous la technique de l’appliqué, que vous pratiquez dans vos créations. Comment a-t-elle été mise en place dans votre travail, notamment par un développement avec les artisans du Caire ?

Louis : Je ne connaissais pas cette technique d’appliquée à mon arrivée en Egypte. J’avais déjà une sensibilité pour les textiles et imprimés mais en me promenant dans le Caire islamique, où chaque rue du quartier est segmentée par métiers, j’ai rencontré un artisan avec lequel j’ai sympathisé. Nous sommes restés en contact car je revenais de plus en plus souvent au Caire. Et l’idée a émergé de travailler avec cet artisan et de développer avec lui une technique.  Progressivement, nous avons affiné le travail afin de le faire correspondre à ce que j’attendais. Les premiers mois ont été expérimentaux puis nous avons fait aboutir la collaboration jusqu’à une première tapisserie.

 

 

Saveria : Je souhaitais d’ailleurs vous demander comment, en tant qu’étudiant en mode à la Central Saint Martins, êtes-vous passé à des arts plus variés, moins soumis à une dimension commerciale ?

Louis : Ayant grandi à Londres, j’ai été fasciné par les Maisons de mode qui, à l’époque,  développaient un marketing et une inhibition très stimulante, inspirante. J’ai donc très jeune voulu faire des études de mode en espérant rejoindre les équipes des figures que je trouvais les plus intéressantes à l’époque : Alexander McQueen et John Galliano. J’ai par la suite rejoint le studio création de chez Dior [époque Galliano]. Je dessinais beaucoup de motifs de foulards. A travers ce poste, j’ai découvert que j’avais davantage d’affinités pour la surface, le motif, que pour les volumes des vêtements. Pendant deux ans et demi, j’ai vraiment appris à travailler l’impression, les rapports, l’étude des broderies et du jacquard. L’exercice était passionnant mais en parallèle, j’ai très vite compris que je n’aspirais pas totalement à une carrière dans la mode. Je n’avais pas envie d’une vie qui mêle si étroitement politique et création hiérarchisée, mais j’adorais l’exercice créatif en lui-même. J’ai donc quitté la maison Dior et cherché comment transposer cet exercice au sein d’autres champs de la création. Je n’ai pas pour autant arrêté de travailler avec des maisons, telle que Ferragamo, mais à mon compte, tout en m’installant au Maroc.

J’ai rencontré des mondes et personnalités différentes, notamment des artisans. En voyant autre chose, d’autres propositions au cours de voyages de plus en plus fréquents, j’ai pu aiguiser mon œil à d’autres formes d’expression. Et donc, comme je vous le disais, au cours de mon voyage en Egypte, j’ai rencontré cet artisan avec qui je travaille toujours. J’ai été imprégné, dans ma démarche créative, d’un besoin sincère de dialogue et d’élaboration d’une complicité. Je suis devenu très complice, de manière naturelle et spontanée, avec cet artisan. Ces relations inattendues traduisent en somme ma démarche spontanée. Je n’avais pas de plan de carrière réfléchi mais plutôt une réalisation de mes désirs créatifs. Mes voyages m’ont permis de ré-évaluer en permanence ce que je voulais, sans me cristalliser au sein d’un univers qui aurait été mon seul moyen d’expression.

 

 

La tapisserie « Nile Gym » de Louis Barthélémy par Sean Thomas pour Vogue British Mai 2020

 

 

Saveria : De mon expérience professionnelle dans la mode, je retiens une joie d’intégrer le secteur tempérée par une déception de la routine d’entreprise. Pourtant je ne suis pas artiste et me préparais à une carrière au rythme classique. Est-ce que vous, en tant qu’artiste, les normes d’entreprises – telles que la hiérarchie et les horaires – ont motivé votre volonté de vous émanciper de la mode ?

Je suis effectivement satisfait de mon choix de ne pas m’être soumis à ce modèle. La mode est une source de revenus indéniable pour les artistes. C’est aussi une industrie productrice de belles images fascinantes, ce qui attire forcément les créatifs. La décadence de mode est très agréable à cueillir de manière ponctuelle, et la joie de vivre parfois produite par le milieu m’a permis de faire de belles rencontres. Mais je pense qu’il y a plusieurs secteurs fascinants et je ne souhaitais pas cantonner ma liberté créative.

 

 

Saveria : Et ces collaborations avec des maisons de mode vous ont-elles offert une notoriété que l’on pourrait qualifier de “grand public” ?

Tout à fait, la mode permet une visibilité. Et c’est aussi très encourageant de s’apercevoir que la mode s’intéresse à des créations en apparence éloignées de ses méthodes et habitudes, qui plus est en dehors de l’Occident. Ces collaborations permettent aussi de développer des projets ambitieux, tout en connectant des artisans égyptiens aux entreprises de mode parisiennes. Je suis très intéressé par cette idée de trait d’union. Créer des ponts humains, des relations entre mondes que je côtoie et fait se connecter est l’une des dimensions stimulantes de mon travail. Me positionner en trait d’union à la fois humain et créatif m’a été permis par mes déplacements géographiques. 

 

 

Saveria : Est-ce une volonté de vous positionner en tant que porte parole de l’artisanat, notamment égyptien ?

Louis : Bien sûr. J’ai toujours été dérangé par l’idée, le goût, pour une esthétique occidentale qui délaissait une vaste périphérie, depuis son point de vue géographique. Ce dictat selon lequel l’excellence n’appartiendrait qu’à certaines régions et villes me paraissait absurde. Une vision limitée du monde à laquelle je n’adhérais pas du tout et qui m’a davantage donné envie d’explorer d’autres formes du beau, ailleurs. Donc oui, une partie de ma démarche consiste à poser un regard valorisant sur l’autre, sur l’ailleurs.

 

 

Saveria : Un ailleurs avec lequel vous collaborez  et au sein duquel vous vivez désormais. Votre expérience quotidienne est ainsi en rupture totale avec l’ethnocentrisme occidental. La périphérie de mode est devenue votre centre. Et l’artisanat, longtemps dénigré, est au cœur de votre processus créatif. Vos œuvres ont-elles contribué à cette ré-insertion de l’artisanat dans la mode ? A créer une jonction entre artisanat et mode qui revaloriserait les métiers manuels dans l’imaginaire collectif ?

Louis : Peut-être. C’est un commentaire que l’on me rapporte souvent. Particulièrement en Egypte, société de castes au sein de laquelle les artisans sont très peu considérés. Ils occupent une place à la base de cette pyramide de castes. Et, ces derniers temps, lors de mes expositions au Caire, la haute société égyptienne – qui a longtemps dénigré son propre héritage ainsi que son artisanat local au point de moins s’investir localement – phénomène datant de la colonisation qui a répandu l’idée selon laquelle l’excellence est ailleurs – est souvent surprise que ce travail ait été réalisé dans leur pays, à quelques kilomètres de chez eux. J’ai donc été, d’une certaine manière, le lien entre ces deux sociétés grâce à plusieurs projets, et je suis toujours étonné que cela n’ait pas eu lieu avant. Mais je ne suis pas venu en Egypte pour m’approprier un patrimoine. Je dialogue avec un héritage présent, qui m’attire, et n’empêche personne de faire un travail similaire tant chaque œuvre est personnelle.

 

 

Khémaïs : En effet, dans votre travail et discours médiatisés, il y a une réelle mise en lumière de l’appliqué. On remarque aussi une volonté de prise de connaissances historiques et du dévoilement de ces sources. Vous n’utilisez pas seulement cette technique à des fins personnelles.

Louis : En Egypte, l’histoire est si dense! Ce qui atteint nos connaissances occidentales puise en fait ces racines dans des coutumes, savoirs et rites millénaires souvent méconnus. Une fois sur place, on est obligé de creuser, de comprendre d’où ces traits proviennent. Mon travail de recherches et de contextualisation historique me paraît donc à la fois primordial et essentiel.

 

 

Saveria : A ce sujet, je souhaitais vous demander si vos motifs, qui subliment un imaginaire homo-érotique, dérangent vos collaborateurs locaux, à commencer par les artisans ?

Louis : Il faut bien avoir en tête que la représentation des corps d’hommes dénudés a toujours été présente dans l’iconographie égyptienne. Le terme “gay” est une construction occidentale, rattaché à des préoccupations occidentales. Mes dessins contiennent bien sûr une dimension sensuelle mais ces mêmes types de corps étaient déjà présents, sur des fresques de tombeaux par exemple, il y a 4000 ans. La présence de corps est une permanence de l’héritage égyptien. Lorsque je demande aux artisans ce qu’ils pensent de mes motifs et dessins, ils opèrent des ponts avec leurs représentations culturelles qui ne les dérangent aucunement. Cependant, je ne nie pas le symbolisme à l’œuvre dans mon travail mais l’adapte aussi à ce qui est acceptable pour la culture locale, par respect pour les artisans, afin de ne pas les mettre en danger. Ce symbolisme ne présentant aucune lecture unique, ni fondamentalisme, les interprétations restent libres. Lorsque je discute de l’ambiguïté des rapports entre hommes et femmes en Egypte avec les artisans au sein de cette société extrêmement normée, nos idées se rejoignent. Le symbolisme visuel permet donc des suggestions mais aussi de fluidifier des connexions, certes partagées mais parfois difficilement abordables oralement. 

 

 

Khémaïs : Dans votre travail, vous vous intéressez à la synthèse entre des mondes égyptiens antique, pharaonique, et arabe contemporain. Comment développez-vous une esthétique à la fois pharaonique et résolument moderne ?

Louis : En tant qu’enfant, on associe souvent l’Egypte à l’ère des pharaons. Mais, en arrivant en Egypte, j’ai constaté que cet héritage n’est présent que dans certaines zones, particulièrement touristiques. L’Egypte est un mille feuilles de civilisations, rassemblant des références coptes, chrétiennes, romaines, grecques, arabes, ottomanes, perses, occidentales, américaines. C’est cette superposition de courants que j’ai trouvé fascinante, elle contribue aujourd’hui à une identité propre. L’histoire de l’Egypte est certes très violente, faite de guerres et de conflits, mais ces différentes périodes forment désormais une identité unique, qui lie tous les moments de son histoire. C’est cette juxtaposition d’influences que je veux illustrer de manière ludique, joyeuse.

 

 

Khémaïs : Justement, concernant vos illustrations. Pensez-vous vos œuvres comme une suite, à la manière d’une bande dessinée, qui opérerait une narration continue ? A travers cette esthétique affirmée, la linéarité tient-elle une place de premier plan ?

Louis : Oui, je ne sais pas si cela est totalement conscient, mais j’effectue une narration, en tout cas une histoire personnelle basée sur mon rapport à la création. J’explore des sujets et phénomènes qui développent une sensibilité orientée mais de manière spontanée. Peut-être que, plus tard, nous pourrons lire tout cela comme une histoire chronologique.

 

 

Khémaïs : En regardant vos œuvres, je ne peux m’empêcher de faire un lien avec le mouvement artistique de l’Égyptomanie, et plus particulièrement celui des années 1920, impulsé par la découverte de la tombe de Toutankhamon en 1922. Regardez-vous du côté de cette période historique et artistique pour vous inspirer ?

Louis : Tout cet imaginaire égyptien raconté par des Occidentaux m’intéresse particulièrement. Je collectionne beaucoup de pièces de cette période, que ce soit de la faïence, du textile, des lithographies. C’est une documentation que je me plais à revisiter aujourd’hui. Elle a quelque chose d’un peu caricatural, trempé d’imaginaire. Toute cette iconographie, inspirée de l’Égypte pharaonique, élabore des ponts entre l’antiquité et la période moderne en définitive.

 

 

Khémaïs : Combien de temps prend la réalisation d’une œuvre ? Comment travaillez-vous avec les artisans?

Louis : Ça dépend de la technique employée. Mes appliqués très brodés de grand format prennent en moyenne entre 4 et 5 mois de travail. C’est long et c’est également pour cela que ma production est restreinte.

Concernant le processus créatif, je remets à l’artisan une maquette colorisée à échelle réelle. Pour la technique de l’appliqué, je lui en remets deux : une en noir et blanc avec simplement le trait à échelle réelle et une autre en couleurs qui sert de repère et de base pour choisir les échantillons de coton qui seront ensuite utilisés pour l’appliqué. Le dessin est retranscrit sur la toile et ensuite les traits sont entièrement recouverts de tissus.

 

 

Tapisserie de Louis Bathélémy pour Christian Louboutin

 

 

Khémaïs : Avez-vous déjà pensé à hybrider cette technique de l’appliqué avec des procédés artisanaux découverts à la faveur d’autres voyages ?

Louis : Je développe actuellement une série intitulée Les lutteurs que je présenterai au musée IFAN de Dakar à la fin de l’année. J’ai travaillé la technique de l’appliqué en la faisant évoluer vers autre chose, dans la mesure où j’y intègre des bazins, tissus originaires de l’Afrique de l’Ouest. La toile de base de mes œuvres se retrouvent alors couvertes par ces tissus qui deviennent presque des cartes avec des empiècements de bazins de plusieurs couleurs. Mon sujet, qui est figuratif initialement, se transforme par l’utilisation de ce procédé et avec les jeux d’échelle, vers quelque chose de presque abstrait. Exposer ce travail en Afrique de l’Ouest me permet également de faire des ponts entre cette région et l’Égypte car le Ghana, par exemple, a aussi une tradition de l’appliqué, appelé Asafo.

En allant à Dakar, j’ai été très intéressé par la lutte qui est un sport national. Cette pratique est également présente au Soudan. On retrouve aujourd’hui, dans ce pays qui était dans l’Antiquité appelé la Nubie, des tombeaux de lutteurs antiques avec toute une série de représentations de combats. C’est cela qui m’intéresse en Afrique. D’une région à l’autre, on retrouve des similarités partagées par des mondes qui ne se sont pas nécessairement connus. Ces poches culturelles qui se trouvent géographiquement dans des lieux différents viennent remettre en question le débat sur l’appropriation culturelle. Finalement la lutte a eu plusieurs formes et plusieurs pays d’origine. On peut penser à la Grèce, à la Nubie, à l’Afrique de l’Ouest. Ces poches sont nées sans qu’il y ait eu forcément des intrusions extérieures. J’avais envie de célébrer ces différentes connexions plutôt que de les enfermer chacun dans un sarcophage.

Cette évolution dans ma technique s’est faite progressivement grâce à de nouvelles découvertes, et notamment ma découverte du Sénégal qui est très importante pour moi. Dans un autre registre, je développe en ce moment un autre projet avec un atelier de cuir à Florence. C’est une tente qui sera décorée de khayameya réalisées en cuir (et non plus en tissu). En fait, je suis dans une période d’expérimentation et dans un cross-cultural dialogue entre ces différents pays où je me rends et qui m’inspire.

 

 

Saveria: Dans votre processus créatif, l’expérimentation sur le terrain apparaît comme une phase préparatoire primordiale. Votre phase de recherche relève presque de l’ethnographie.

Louis : Absolument ! C’est vrai que j’ai besoin d’aller sur le terrain pour développer un projet, pour rencontrer de nouvelles personnes, dialoguer avec elles, etc. Il y a beaucoup de curiosité de ma part mais aussi un besoin d’aller vers l’autre et de travailler de concert avec les artisans (dans la mesure où je travaille seul, sans structure). On en revient également à cette idée de la reconnaissance de l’autre qui est extrêmement importante dans ma démarche, que ce soit en Égypte, en Syrie dernièrement. Et je trouve que le terme ethnographie est assez juste. Mon étude s’ancre d’abord et avant tout sur le terrain et s’exprime dans un dialogue avec les personnes rencontrées.

 

 

Khémaïs : Vous avez eu l’occasion de rencontrer les soeurs égyptiennes fondatrices de la marque de maroquinerie de luxe artisanal Okhtein [lauréate OpenMyMed 2017]. Cet été, le fond qatari Bidayat – qui possède également les marques Valentino et Balmain – a investi dans leur marque afin de contribuer à la promotion des marques régionales du Moyen-Orient. Que pouvez-vous nous dire de cette étape cruciale pour les créatrices ?

Louis : Mounaz et Aya ont une vision très précise de l’artisanat égyptien et du développement de leur marque. Elles collaborent avec des artisans locaux afin de promouvoir leur travail mais aussi parce qu’ils sont les plus en capacité de développer leurs créations. Le groupe d’investissement Bidayat est de plus en plus important au Moyen-Orient. J’adhère totalement à sa volonté de créer un groupe de luxe composé de marques régionales qui développent des créations pour une clientèle régionale trop longtemps inconsidérée par l’Occident.

 

 

Khémaïs: En conclusion, pouvez-vous nous en dire plus sur votre actualité ?

Louis : En plus de mon exposition à Dakar et de mon projet à Florence, je prévois pour cet hiver de sortir, avec Pierre Frey, une petite collection de papiers peints et de tissus brodés dans un univers d’égyptomanie. Pour l’ouverture d’une boutique homme Louboutin à Paris, j’ai également développé une nouvelle tapisserie, qui est une pyramide de souliers. J’ai lancé en mon nom une collection de foulards, que j’avais photographiée au Printemps au mois d’avril, qui est une réinterprétation de mes tapisseries. Pour moi, le foulard, en plus de l’accessoire de mode, c’est aussi une pièce qui se collectionne. J’aime dire que le foulard est en quelque sorte la lithographie d’une tapisserie. Avec le groupe Bidayat, j’ai un autre projet en cours, qui est plus de l’ordre de la conversation pour le moment. Ils veulent créer un pôle Moyen-Orient pour soutenir et promouvoir des projets de mode dans la région.